Lettre 9

27/06/12

 

    Chère Inconnue,

 

    Je tiens tout d’abord à m’excuser pour ce long silence. Je sais qu’il n’est rien de plus impoli que de ne pas répondre aux gens qui vous parlent, que ce soit par écrit ou par oral. Croyez bien que je suis navré que les choses aient about à cette situation. Je vous prie d’accepter mes plus humbles excuses.

 

    Puis-je vous expliquer les raisons de mon silence ? (je ne sais pas très bien pourquoi j’écris cette question. Vous n’allez pas me souffler la réponse par dessus l’épaule alors que j’écris ces mots. Je vais donc raconter, si vous ne voulez pas savoir et que vous êtes définitivement fâchée vous n’avez qu’à jeter cette lettre, je comprendrais)

 

    Pour faire simple, je me suis retrouvé embrigadé dans la préparation du mariage d’Esther. J’ai bien essayé de protester, de dire que je ne voulais pas mais ça n’a servi à rien. Et il m’a fallu suivre.

    Dans mon village, je suis une sorte d’homme à tout faire. Je fais du ménage pour les personnes âgées, j’aide la boulangère à faire les gâteaux quand son pâtissier est malade, je nettoie un peu les rues. Ce genre de choses. Ce ne sont pas des activités passionnantes à raconter mais moi j’aime bien, je change de métier tous les jours en quelque sorte.

    Bref, quand Esther s’est mise en tête d’avancer la date du mariage, tout le monde a été réquisitionné. Moi encore plus. Je n’ai pas arrêté de courir partout. Quand il manquait quelque chose c’était à moi d’aller le chercher. Quand quelque chose était cassé c’était à moi de le réparer. Et quand deux personnes se disputaient c’était à moi de ramener la paix. On aurait dû me donner un casque bleu tant j’ai empêché de bagarre ! Tout le monde était constamment sous pression. Esther était exigeante et affreusement pointilleuse. Si vous ameniez des serviettes couleur lavande au lieu de lilas vous vous faisiez sévèrement réprimander. Je dirai même que cela allait jusqu’à l’humiliation parfois...  Une fois, elle a été trop loin et j’ai dû en faire les frais.

 

    Je m’étais trompé. Comprenez, j’étais fatigué. Je m’étais offert un temps de pause. Une nuit, le ciel était découvert et la lune pleine. On pouvait voir les étoiles comme on les voit rarement. Alors je suis resté à les observer. Je ne pensais rester ainsi que quelques minutes, mais au final, je suis resté toute la nuit. Je n’ai pas vu l’heure passer. Je comptais les étoiles filantes et je me sentais bien. C’est stupide, mais pour une fois que je ne courrais pas, c’était bien. Mais du coup, le lendemain, j’étais un peu... dans les nuages (si vous me permettez ce jeu de mots quelques peu simplet). Du coup, lorsque je suis revenu avec la pièce monté, je me suis emmêlé, et l’ai fait tombée par terre où elle a littéralement explosé. Esther fit de même à peine quelques minutes après. Pour le coup, je peux comprendre que cela l’est contrariée... c’était sans doute la première fois que sa colère était un tant soit peu justifiée. Elle s’est mise à me hurler dessus sans cesse. Tant et tant. En bon conciliateur, je me suis proposé de lui en refaire une à mes frais puisque j’étais fautif. Mais elle ne voulait pas entendre.... Les insultes ont volé, elle hurlait sans plus s’arrêter. J’avais jusque là réussi à échapper à ce genre de scène. On aurait dit que du coup elle semblait vouloir rattraper le temps perdu.

    Les mots qu’on emploie habituellement à mon encontre furent jetés, et d”autres encore pire. Comme quoi je n’étais qu’un bon à rien qui avait échoué à la ville, pas même capable de réussir à obtenir un misérable petit diplôme tellement misérable qu’on se demande pourquoi il existe encore. Mais ceci dit un être misérable comme moi ne pouvait que passer un diplôme misérable. Et puis les chiens ne font pas des chats c’est bien connu.

Elle n’aurait pas dû dire ça. Non, elle n’aurait pas dû. Tout le monde a compris ce qu’elle voulait dire. C’était ma mère qu’elle insultait. Ma mère a vécu toute sa vie comme simple couturière sans jamais montrer plus haute ambition que de nourrir chaque chat venant quémander à sa fenêtre et d’aider toutes les grands-mères qu’elle croisait à traverser. Ce n’était pas quelqu’un de misérable, elle avait le coeur sur la main, tellement gros d’ailleurs qu’il lui aurait en fait fallu ces deux mains. Esther la déteste, l’a toujours détesté. La vérité c’est que nous avons la même mère mais qu’elle refuse d’accepter cela. Elle refuse de reconnaître que nous partageons le même sang.

Qu’elle ne veuille pas de moi dans son lignage, je m’en moque. Je ne veux pas d’elle non plus. Mais qu’elle crache sur ma mère, sur SA mère, m’est intolérable. Alors je me suis relevé des débris de pièces montée, et je l’ai giflée. Une gifle magistrale qui la fit reculer de trois pas. Je ne m’en vante pas, je ne suis pas quelqu’un de violent. Mais cela faisait tant d’années qu’elle me provoquait que je ne peux rien dire de plus que “elle l’avait mérité”.

 

L’ambiance dans la salle s’est gelée immédiatement. Il n’y a plus eut un bruit. Plus rien. Tout le monde attendait la réaction de la princesse auto-proclamée. Mais elle n’est jamais venue. Je me suis contenté de rentrer chez moi, et je n’en suis pas sorti avant une bonne semaine. J’ai écouté de la musique très fort et j’ai refait le ménage chez moi, de fond en comble.

Ce n’est qu’aujourd’hui que je prends le temps de vous écrire cette longue lettre... Vous

avez dû passer vos examens depuis. J’ai vu à la télé ils en parlaient. Les choses se sont-elles bien passées ? Peut-être ne voulez-vous pas faire de pronostics de peur de vous porter malheur ? Ma meilleure amie est comme ça alors si c’est aussi votre cas vous n’êtes pas obligée de me répondre, dîtes moi seulement quand vous avez vos résultats !

        Je vous joins un trèfle à trois feuilles. Je n’en ai pas trouvé à quatre, mais à trois feuilles, ils sont tout aussi jolis non ? C’est la fleuriste qui m’a appris à faire sécher les plantes pour en faire un herbier. C’est très amusant à faire !

 

        Portez vous bien.

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