The Punkedelike Circus - Jongleurs

Publié le 1 Novembre 2010

Pendant ce temps, sous le chapiteau, le spectacle continuait sans eux.

Sur scène, deux hommes avaient pris place, vêtus tout deux du même étrange costume. Une large salopette noire, décousue et poussiéreuse recouvrait leurs corps maigres et secs. Dessous, un tee-shirt noir à larges rayures blanches à moitié brûlé ne les vieillissaient qu'un peu plus. De longs gants blancs impeccables cachaient leurs mains osseuses tandis que leurs pieds ne portaient aucune chaussure, laissant découvrir leurs pieds pâles et décharnés. Leurs visages semblables en tout points étaient maquillés généreusement de blanc, sauf sous les yeux et sur les lèvres, du noir venait s'insinuer jusqu'à créé l'illusion d'un large sourire. Leurs yeux semblaient fatigués et las. Ces hommes ne souriaient plus depuis longtemps, ils étaient de ceux que le temps avait usés et abimés. Et, sur leurs têtes, un haut-de-forme noir écrasé et calciné dominait le tout.

Ils s'avancèrent jusqu'au centre. Le public les observait avec des yeux avides, suivant chacun de leurs gestes dans un silence effroyable. L'un des deux hommes sortit des balles de couleur criardes de sa poche, en donna trois à son compère avec un regard qui se voulait encourageant. L'autre les attrapa en plein vol, puis se tourna vers le public. Il ne regarda rien ni personne, il balayait la salle d'un regard vide et absent. Il jeta les balles et se mit à jongler, d'abord lentement, de façon répétitive. Mais, bien vite, il accéléra. Les balles volaient, s'envolaient plutôt. L'homme semblait à peine les toucher qu'elles repartaient aussitôt. Un murmure parcourut la salle. Un murmure d'indignation. Le public s'ennuyait profondément.

Le jongleur prit peur. La panique l'envahissait soudain. S'il ne faisait rien, il serait jeté aux ordures comme tant de ses compagnons. Ses mains tremblaient. Les balles s'écrasèrent au sol, sous son regard impuissant et terrorisé. La foule aimait ça. Un sourire pervers s'installait sur les visages de chaque spectateur, presque malgré eux. L'escamoteur se baissa et ramassa ses balles, la gorge serré. Il se remit à jongler. Les balles s'élancèrent à nouveau. Son congénère, grimaçant de pitié, lui envoya deux autres balles qui se mêlèrent avec aisance aux autres. L'autre ne reprit pas confiance pour autant, sa lèvre supérieure tremblait encore. Son regard troublé s'accrochait tant bien que mal à la valse sans répit des balles. Son comparse lui balança encore trois balles, à la suite. La danse se précipitait avec adresse et maitrise. Les balles voltigeaient. Pourtant, l'audience se lassait.

Un grondement se fit entendre. Et à la seconde suivante, tout le public se mi à huer le misérable saltimbanque. Le jongleur était désormais la cible d'objet tout à fait divers. L'assemblé lui jetait à la figure tout ce qu'ils leur tombaient sous la main. Le malheureux tomba à genoux, protégeant son visage avec ses avant-bras, blessant çà et là son visage, ses bras, sa poitrine. Les objets, plus ou moins tranchants, lui laissaient de longues estafilades sanguinolentes. Il hurlait de douleur, mais personne ne semblait l'entendre. Le vacarme assourdissant de l'enthousiasme infernal de la foule prenait le dessus. Les rires éclataient. La torture affligée à cette âme était inhumaine. Tout à coup, le silence se fit. Un bruit sourd. Le corps du misérable s'écroula, inanimé. Son sang fut rapidement absorber par le sable de la piste, ne laissant qu'une marque rouge nauséabonde. Des rires cruels déchirèrent le silence. Des rires gras et méprisants envahirent la salle, rebondissant sur la toile du chapiteau chaque fois plus violement que la précédente. Des rires moqueurs, chacun plus impitoyable que l'autre, lui fauchaient toutes parcelles de dignité restantes. Des rires, des rires... Les gens allaient bientôt s'étouffer d'avoir trop ri.

L'autre jongleur, resté jusqu'ici impassible, s'avança. Il poussa le corps inerte de son ami avec le pied vers le bord de la piste avec un sourire et retourna vers le public qui déjà l'acclamait. Il profita de cette gratitude quelques secondes. Puis, il empoigna trois torches et les alluma, une à une. De longues flammes s'en échappèrent et léchaient déjà ses gants avec envie. Mais, l'homme semblait ne rien ressentir. Il jeta en l'air une torche. A ce moment, chacun des spectateurs suivait lentement la courbe lancinante de la flamme. Il la rattrapa, tout naturellement, avec un grand sourire. Dans l'instant d'après, tous les flambeaux tournoyaient, fouettant l'air avec un sifflement aigu. L'homme jonglait avec ces torches. Pendant quelques minutes, le public demeura impressionné, paralysé par ces rayons de feu qui tourbillonnaient devant eux. Toutefois, comme les gosses, une fois passé le moment de la découverte, ils se lassent vite. En effet, dans la salle, le silence se faisait de plus en plus pesant. L'homme, au centre, entouré de ce feu inquiétant, refusait d'y croire. En relevant la tête, il y fut bien contrains. L'assemblée s'ennuyait à nouveau. Aurait-il, lui aussi, échouer ? La même panique que le précédent le prit, le convulsant en tous sens telle une marionnette. Une torche retomba lourdement dans le sable. Il leva les yeux. Pour la deuxième, il fut moins chanceux. Elle retomba entre lui et sa salopette. D'un geste brusque pour l'en dégager, il tomba en arrière avec un gémissement de douleur. La crainte s'empara de sa raison. Il réussit, de ses mains brûlées à vif, de la jeter au loin. Mais, maintenant, son destin était scellé. Il le savait. Il n'avait pas été à la hauteur. L'angoisse déformait son visage. Pourtant, de toutes ses forces, il luttait, lançant un regard suppliant au public qui, lui, riait aux éclats.

Une silhouette se dressa derrière lui, brandissant un long objet dont on ne discernait que les contours. Le mystérieux arrivant portait la chose avec peine. Brutalement, sans que le jongleur n'ait le temps de comprendre, il le frappa violement à la tête. Un craquement épouvantable retentit. Du sang perlait, l'odeur se dispersa rapidement. Toute la salle humait maintenant l'effluve du cadavre qui roulait sur la piste, jusqu'à rejoindre son compagnon jongleur. La silhouette sourit, satisfaite et disparut dans les coulisses. La salle était plongée dans le noir, les lumières avaient été éteintes. Quand ? Nul ne le savait, nul ne l'avait remarqué plus tôt, trop fasciné par le spectacle qui s'offrait à eux. Cependant, dans la pâle lueur s'échappant d'un trou de la toile du chapiteau, un haut-de-forme noir écrasé et calciné virevoltait avec arrogance.
*

 

Entrez dans le monde terrifiant de Dead By Sunrise.

Rédigé par Rime

Publié dans #Le spectacle doit continuer

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