Mon petit caillou blanc

Publié le 1 Novembre 2010

Cette histoire commence par l’absurde Un désert. Deux enfants Ne sachant ni l’un ni l’autre pourquoi ils sont là. Ils se regardent, ils ne se connaissent pas. Ils se défient du regard, jettent un œil sur leurs alentours. Rien. Des dunes de sable s’éloignent à l’infini. Soudain, c’est l’angoisse. Ce noeud qui vous emprisonne les tripes, la gorge. Pourtant, aucune larme ne vient apaiser leur cœur, par fierté sans doute. Le silence s’installe confortablement. Un des deux s’assoit en tailleur. Le deuxième l’imite. Ils sont face à face, au milieu du nul part. Ils n’osent plus se regarder, ils observent l’autre à la dérobée. Le soleil se couche. Le ciel, après être passé de l’orange au violet, s’assombrit lourdement. Le froid tombe. Les enfants grelottent chacun de leur coté. Lequel sera assez faible pour demander de l’aide à l’autre ? Leurs lèvres tremblent, leurs dents claquent. Leurs mains, enfouies dans leurs poches, se convulsent. Petites marionnettes, victimes du désert. Finalement, ils s’endorment. Leurs cauchemars sont terrifiants, glacials. Un grain de sable a détraqué le concepteur de rêves doux et agréables que leur mère avait soigneusement mis en place. Le jour se lève, lentement. La chaleur étouffante réveille bientôt les enfants. Leurs paupières s’ouvrent difficilement, lutant contre le sommeil. Puis, le silence revient. Le temps passe, s’écoule. Finalement, l’un se décide. Il se relève et se met en marche. L’autre le rattrape, sans un mot. Ils avancent. Dune après dune. Pas à pas. Un pied devant l’autre. L’un s’arrête net. Il se met à courir. L’autre le suit. Ils courent de toutes leurs forces restantes, de tout leur souffle. Leur fièvre les emmène loin, toujours au-delà de leur courage. Ils courent, bravant le vent, le sable, et l’ardeur du soleil. Jusqu’à ce que leurs muscles se contractent douloureusement sous leur peau craquelée. Ils s’écroulent dans un nuage de sable. Le souffle court, leur cœur vaillant tambourine dans leur poitrine. L’un ramasse un petit caillou blanc au milieu de tout ce sable agressif.

 

« -     Il est jolie ?

-     De quoi ?

-     Bah, ton caillou.

-     Ce n’est pas un caillou. »

 

Les enfants attendent chacun que l’autre s’explique, questionne. Mais, personne ne dit mot. Pendant que l’un nettoie soigneusement son petit caillou blanc, l’autre l’observe, intrigué. Il le frotte entre ses mains, crache dessus et le décrasse à l’aide de sa manche de tout ce temps passé dans le sable, en proie au soleil. Il le lustre, le polie. L’autre a fini par s’asseoir, mais ne quitte pas son camarade des yeux. Et enfin, il le montre à son compagnon. Ainsi, tout deux l’observent avec respect. De fins nuages défilent au-dessus de leur tête, laissant cours à leur imagination fertile. La Terre tourne, le soleil descend de plus en bas. Les enfants s’allongent, côte à côte, le sourire aux lèvres, tenant entre eux, leur petit caillou blanc. La nuit se lève, mais ni la pâle lune ni les vents glacials ne parviennent à faire frissonner les petits êtres. Les étoiles disparaissent, déçues du spectacle. Le soleil prend la relève hâtivement. Les enfants se réveillent en douceur, s’étirent lentement. La faim leur tord le ventre. Leur regard se croise. Puis, l’un ressort de sa poche le petit caillou. L’autre s’empresse alors de fouiller les siennes. Une bille cassée, trois chewing-gums, un bout de plastique mâchouillé. Chacun s’empare d’un chewing-gum, et commence à la mâcher tranquillement. La menthe leur envahit les narines. Ils oublient tout… Ils se mettent à rêver… Ils voudraient rester toute leur vie ici, ensemble, avec leur petit caillou blanc… Le sable s’envole, et ils dansent… Comme s’ils se connaissaient depuis toujours… Leurs rires déchirent le ciel avec une facilité déconcertante… C’est si simple…Tout est si simple… Joie éphémère. Le caillou, le tout petit caillou blanc immaculé s’est vu projeter dans les airs. Les deux âmes suivent lentement sa courbe, la terreur aux lèvres. Incapable d’esquisser le moindre geste. Le temps passe, s’écoule. Ou peut-être s’est-il lui aussi arrêté. Soudain, le petit caillou blanc retombe, violemment et se brise en mille morceaux.

 

«      -  C’est de ta faute !

-   N’importe quoi ! C’est toi qui l’as jeté !

-   Quoi ? Mais, pourquoi j’aurais fait ça ?! »

 

Le coup est parti tout seul. Ce n’était pas vraiment volontaire, mais maintenant… C’est trop tard. L’autre se jette sur lui et lui assène son poing dans l’estomac. Ils roulent, dégringolent les dunes, emportant avec eux le secret de quelques éclats d’un petit caillou blanc.

 

Rédigé par Rime

Publié dans #Raconte-moi une histoire

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